Julie Chaffort, Rester vertical, 2026 ©ADAGP

Exposition Rester vertical

Julie Chaffort

À VENIR

Pour son exposition inaugurale, dans ses nouveaux locaux au Pavillon des Arts et de la Musique à Pessac, les arts au mur artothèque présente un projet de création soutenue par la DRAC Nouvelle-Aquitaine et SG SUD-OUEST, qui fait écho à sa programmation engagée en lien avec des enjeux sociétaux tels que la diversité et l’inclusivité.

Rester Vertical présente des vidéos de Julie Chaffort, dont une création éponyme pour l’exposition. Ses personnages, tels des Sisyphes contemporains, cheminent face à un monde sans prise. Ils luttent sans relâche avec l’invisible, sans avoir peur des résistances, faisant corps avec, s’aidant des éléments naturels pour progresser avec la folie furieuse et la joie d’exister, d’être vivants. Ensemble.

Artiste pluridisciplinaire, Julie Chaffort explore le cinéma, la vidéo, la performance et la musique grâce à des œuvres immersives, poétiques et sensibles. Plaçant la rencontre avec l’autre au cœur de son processus de création, Julie Chaffort, en tant qu’exploratrice curieuse, navigue et dialogue avec son environnement, provoquant des situations drôles, surprenantes, émouvantes ou fantasques. Présences humaines, animales ou végétales interagissent et entrent en communion les unes avec les autres.

Dans le cadre de l’exposition d’aide à la création, l’artiste bénéficie d’un accompagnement renforcé à toutes les étapes du projet, sous le commissariat d’Anne Peltriaux, avec le soutien éditorial de la critique Léa Bismuth et l’expertise technique d’Alexandre Castéra. L’exposition s’inscrit également dans une dynamique de médiation culturelle et éducative.

Faire face, pour ne pas tomber

« L’homme en tant qu’homme ne peut vivre horizontalement. »
Gaston Bachelard, L’Air et les songes

 

Faire face. Pour ne pas tomber. Frontalement. Pour résister. Ces mots viennent à l’esprit lorsque l’on traverse ce parcours jalonné de plusieurs films formant un chœur, un ensemble signifiant dont émane une puissance revendicatrice silencieuse. Pour ces tableaux vivants, Julie Chaffort met en scène des corps en tension, en lutte contre des forces invisibles. Minutieusement orchestré, le protocole se répète : durant la durée étirée de l’action capturée en plan séquence et intégrant l’improvisation, les êtres, filmés au premier plan et au centre de paysages, vont se trouver aux limites de leurs propres capacités physiques. L’image est alors le fruit d’une grande attention portée à l’enjeu scénique, de même qu’au cadrage et à la lumière. Souvent, les conditions difficiles de tournage ne laissent pas la possibilité à l’erreur, et la performance résulte d’une co-création, fondée sur une confiance mutuelle entre l’artiste et les performeur·euses. Nous sommes à notre tour invités à les suivre, pour faire corps, et vivre cette intensité en commun.

Rester vertical, dit le titre de l’œuvre la plus récente : par-delà l’injonction, il s’agit d’une invitation éthique, vers un partage du sensible. La verticalité nous oblige et nous élève à la fois, et si elle est bien une posture physique, elle devient avant tout la qualité essentielle de l’action. Foncièrement, la colonne vertébrale de ce qui s’y joue. Comme l’a théorisé Gaston Bachelard, la verticalité est une vectorisation existentielle : elle est ici à la fois une puissance humaine d’ascension salvatrice et vitalisante demandant un certain effort, mais aussi l’invitation à l’accueil et au lâcher-prise.  Si bien que dans le film, un groupe de quatre personnes se trouve en proie à une lutte très physique face à un vent dévastateur et insatiable, une violence sans cause ni visage qui à tout moment pourrait les terrasser. L’une d’entre eux déterminera le mouvement chorégraphique car les trois autres la porteront, l’épauleront, viendront à son secours en une danse mutuelle : on pense à une Piéta d’un nouveau genre, sans hiérarchie ni filiation, à une figure de soutien et de compassion totale. Tenir debout : voici l’engagement, certes face à soi-même, mais surtout face aux autres corps. Pour avancer et vivre pleinement cette adversité ensemble.

S’il s’agit de vulnérabilité, et d’une capacité commune à dépasser la blessure ou à affronter le danger, l’épreuve physique peut aussi se vivre dans la joie, à l’instar de l’action de Padout / durer, endurer, persister, résister (2020), film dans lequel un groupe de danseuses et danseurs, rassemblé en haut d’une montagne de terre, pratique une dañs fisel — une danse traditionnelle bretonne fondée sur la vivacité rythmique. Mais là, ce groupe se réinvente avant tout un destin par la cohésion du chant, la langue d’une aventure commune. Les verbes d’action, en tant que verbes dynamiques — durer, endurer, persister, résister — révèlent un enthousiasme sans borne, une poursuite heureuse, une manière d’être du groupe entier à qui Julie Chaffort a demandé de danser jusqu’à l’épuisement, les pieds nus frappant le sol. L’énergie communicative qui s’en dégage est ainsi le fruit d’une dépense collective et d’une verbalisation euphorique.

Ajoutons à ces verbes, celui de proférer : prononcer des sonorités avec force pour les faire sortir de soi, les envoyer violemment au monde. C’est ce qui se produit dans Morne (2022) où cette fois une femme est seule au cœur d’un paysage sauvage de Martinique, en dialogue physique avec le vent, la lumière, les insectes, les sonorités et les nuages des cimes de la Montagne Pelée. Elle projète vers nous des sons gutturaux, une langue absolue des origines, parfois insoutenable à écouter, telle une prolongation du chant de la Terre. On pense au concept de « langue mineure » travaillé par Deleuze-Guattari, une langue déterritorialisée, intensive et défiant la langue officielle dominante. En proférant ces sons et en mettant à nu son être, cette femme opère un devenir-oiseau, un devenir-fougère, un devenir-volcan, jusqu’aux extrêmes.

Tenir, se tenir, se soutenir — tout comme chanter, entonner, proférer. Un dernier verbe devient alors plus que nécessaire : c’est celui d’écrire. On le trouve dans Écrire sur l’eau, tourné en Turquie en 2026, et dont le principe est radical : au centre de l’image, flottant sur les eaux, un radeau de fortune, et une femme s’élançant dans une danse sacrée, la danse Samâ pratiquée par les derviches tourneurs dans la tradition soufie. Au bord du précipice, au bord de l’eau comme de l’effondrement, la danse acquiert une dimension mystique : elle se meut en une transe en communion avec les éléments, les arbres, le ciel et les oiseaux. Malgré l’instabilité, il s’agit bien encore de maintenir sa verticalité, de trouver son ancrage en s’adossant  à l’axe cosmique et invisible reliant la terre et le ciel. Alors que le plan dure, il laisse à l’écriture impossible le temps de s’incarner sur les flots. Écrire sur l’eau : écrire, intransitivement, le passage d’une mer à l’autre, d’une civilisation à l’autre.

Écrire collectivement un futur, tel est sans doute le fil rouge de l’effort performatif à l’œuvre dans cette exposition. Si bien que la performance, tout comme l’acte de la filmer, prennent une dimension foncièrement politique, car l’enjeu réside dans la résistance commune vers un élargissement des possibles. Il est bien question d’inventer ensemble une manière de faire face, de tenir face au péril, et d’aller au bout.

Léa Bismuth
Critique d’art et commissaire d’exposition.
Docteure en théorie de l’art, elle est notamment l’autrice de L’Art de passer à l’acte (PUF, 2024) et Étoiles communes – vers une écologie cosmique (Actes Sud, 2026).

Biographie de Julie Chaffort

Artiste pluridisciplinaire, elle explore le cinéma, la vidéo, la performance et la musique grâce à des œuvres immersives, poétiques et sensibles.
Plaçant la rencontre avec l’autre au cœur de son processus de création, Julie Chaffort, en tant qu’exploratrice curieuse, navigue et dialogue avec son environnement, provoquant des situations drôles, surprenantes, émouvantes ou fantasques.
Elle met ainsi en scène des présences humaines, animales ou encore végétales qui spontanément interagissent, se connectent et entrent en communion les unes avec les autres. Déplaçant le regard à travers cette idée de « pas de côté », l’artiste décale les perspectives habituelles pour ouvrir vers de nouvelles perceptions. En jouant sur l’étrangeté, l’humour et l’absurde, elle invite le spectateur à questionner ses repères et à envisager l’altérité sous un angle nouveau. Tournées en plan séquence, la plupart du temps au sein de paysages naturels, des scènes imprévisibles aux temporalités étirées se font jour face à l’objectif de la caméra qui, à l’image d’un témoin silencieux et immobile, observe patiemment la scène et contemple la fragilité de l’instant.

 

Formation
Elle a étudié à l’ebabx de Bordeaux.
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Elle a assisté Roy Andersson à Stockholm, et suivi le séminaire de Werner Herzog à sa Rogue Film School à New-York.
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Elle est lauréate de plusieurs prix dont le « Prix Bullukian » de la fondation Bullukian, le prix « Talents Contemporains » de la fondation François Schneider, le prix « Mezzanine Sud » CIC Sud-Ouest – Les Abattoirs. Elle a été finaliste par deux fois des « Audi talents Awards ».

 

Expositions (sélection)
Elle a exposé notamment à Jeune Création à la galerie Thaddaeus Ropac, au Centre d’art Les Tanneries à Amilly, au CRAC 19 à Montbéliard, au Frac-Artothèque Nouvelle-Aquitaine.
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Elle a été invitée en résidence par l’Institut Français à Istanbul en 2026 où elle présentera sa création à Istanbul Museum of Modern Art en novembre prochain.
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Ses œuvres figurent dans les collections du Frac MECA Nouvelle-Aquitaine, Frac Artothèque Nouvelle-Aquitaine, Frac de la Réunion, Frac Occitanie, les arts au mur artothèque.
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Ses films sont diffusés en festivals notamment au FID Marseille.

 

→ Plus d’infos :
www.dda-nouvelle-aquitaine.org/julie-chaffort
Insta : @julie_chaffort

 

Actualités de Julie Chaffort
→ Expositions personnelles
· Écrire sur l’eau — Institut Français Izmir en Turquie du 26.09.26 au 23.10.26
· The Donald’s Wor(l)ds — artothèque de Poitiers du 29.09.26 au 28.11.26
→ Exposition collective
· Semons nos résistances au MAIF SOCIAL CLUB à Paris du 17.10.26 au 24.07.27

Programme culturel

10.10.2026
La Grande fête du PAM !

à partir de 10h
avec La Ville de Pessac, L’EMP et PAMA

Le Pavillon ouvre grand ses portes pour une fête joyeusement décalée.

12.11.2026
Vernissage de l’exposition

à partir de 19h
en présence de l’artiste.

01.12 → 05.12.2026
Le bonheur est dans le prêt

Semaine des artothèques avec l’ADRA et le Cnap
Une semaine festive pleine de surprises !

Sur réservation
05.56.46.38.41
contact@lesartsaumur.com

12.11.2026
ApaRTé #1

de 16h30 à 18h
avec l’EMP, PAMA et Books on the move
Cycle d’échange et de réflexion Les projets de création

Sur réservation
05.56.46.38.41
contact@lesartsaumur.com

09.01.2027
Atelier Récréo’mur

de 14h à 16h
Atelier en famille ludique et créatif.

Sur réservation
05.56.46.38.41
contact@lesartsaumur.com